De l’abyme de la détention en Libye à la construction du commun à travers les luttes 

Charles Heller, 9 Décembre 20221

Pourquoi est-ce que je participe à une manifestation de solidarité avec les migrant.e.s et les réfugié.e.s en Libye devant le HCR à Genève les 9 et 10 décembre ? Ce qui peut sembler être la plus simple des questions en appelle une multitude d’autres, bien plus difficilesL’enjeu n’est rien de moins que la reconnaissance de la profondeur des blessures de celles et ceux à qui l’ont a nié leur humanité en Libye ; comment et pourquoi nous devrions être toutes et tous concerné.e.s ; et ce que nous pourrions deveniren luttant ensemblecontre et à travers les frontières qui divisent notre vie en commun. 

Segen et moi

Pourquoi est-ce je pense que nous devrions, les 9 et 10 décembre, nous rassembler devant le HCR à Genève pour participer à une manifestation de solidarité avec les migrant.e.s et les réfugié.e.s en Libye ? Alors que je réfléchis à des réponses, l’image mentale du visage de Segen s’impose à moi. Je ne l’ai jamais rencontré, mais sa photo a circulé dans la presse et reste présente à ma mémoire plusieurs années après. Son visage sombre et émacié est dans l’ombre, mais ses yeux se démarquent nettement. Son regard est vide et pourtant je sens qu’il me fixe. 

Segen (dont le vrai nom était Tesfalidet Tesfom) était un Érythréen de 22 ans. Après 19 mois de détention en Libye, il a traversé la Méditerranée et a débarqué du navire de l’ONG espagnole Open Arms le 12 mars 2018 à Pozzallo, en Sicile. À son arrivée, il ne pesait que 30 kilos. Le jour après son arrivée en Italie, il est mort de malnutrition et d’une tuberculose avancée qui avait perforé son poumon. 

J’aimerais en savoir plus sur Segen, sur sa vie avant d’arriver en Libye, sur ce qui le rendait heureux ou triste, quelles étaient ses aspirations, mais le travail des journalistes s’est pour le moment principalement concentré sur les affres qu’il a vécu en Libye. Merawy, un ami de Segen qui l’a vu à l’hôpital juste avant sa mort, a rappelé à Alessandro Puglia ses derniers mots. “Il murmurait à peine et a avoué que c’était la Libye qui l’avait tué. Il m’a dit que les migrants étaient entassés dans une pièce du camp de détention de Bani-Walid, qu’ils urinaient et vidaient leurs intestins dans la même pièce, que les femmes étaient abusées sexuellement, que les hommes étaient battus, que personne ne pouvait se laver et qu’ils étaient nourris une ou deux fois par jour. Les médecins m’ont dit de le laisser, et Segen est mort peu après”.2 Par un cruel coup du sort, Segen a survécu à et est parvenu à fuir la Libye, a traversé la mer meurtrière, est arrivé sur le sol européen où il espérait peut-être trouver un certain degré de protection et de sécurité. Mais les effets de la violence à laquelle il avait été trop longtemps soumis l’ont rattrapé. 

Je n’ai jamais rencontré Segen et pourtant je ne l’oublierai jamais. En regardant la photo de son visage émacié, et dans son regard vide, j’ai reconnu – comme d’autres, tel le prêtre érythréen Mussie Zerai – les visages des survivant.e.s des camps de la mort nazis. Et peut-être parce que l’Holocauste est devenu le paradigme du mal absolu en Occident, et peut-être aussi parce que, du fait de mon ascendance en partie juive, je me rends compte qu’ à une autre époque ce visage émacié aurait pu être le mien, j’ai été ému aux larmes. En dépit des privilèges que m’accordent la blancheur de ma peau et ma citoyenneté Suisse, ce choc de reconnaissance et les questions difficiles qu’il a suscitées continuent de m’habiter, et je ressens aujourd’hui le besoin d’y réfléchir et d’écrire. L’enjeu n’est rien de moins que la reconnaissance de la profondeur des blessures de celles et ceux à qui l’ont a nié leur humanité en Libye ; comment et pourquoi nous devrions être toutes et tous concerné.e.s ; et ce que nous pourrions devenir en luttant ensemble contre et à travers les frontières qui divisent notre vie en commun. 

La politique ambivalente de la comparaison

Est-il nécessaire de voir les visages des survivant.e.s juif.ve.s d’hier dans les visages des migrant .e.s d’aujourd’hui, et des noir.e.s en particulier, pour pouvoir reconnaître leur humanité ? Cette projection et cette comparaison sont-elles nécessaires pour appréhender l’ampleur de la violence que subissent celles et ceux qui cherchent à fuir la Libye ? Si oui, pour qui et pourquoi est-ce nécessaire ? Que je le veuille ou non, de par ma position et mon histoire personnelle, je ne peux nier que la photographie de Segen, et le lien entre les personnes, les lieux et les époques qu’elle a cristallisé pour moi, m’ont amené à voir son visage sous un jour différent – un jour terrifiant. 

La comparaison entre les camps de détention de migrant.e.s en Libye et les camps de la mort nazis est-elle justifiée ? Quels sont les risques et les problèmes qui en découlent ? Aussi horrifiante soit-elle, la violence infligée aux migrant.e.s en Libye aujourd’hui ne vise pas l’extermination. Mais la comparaison ne se résume pas à une simple équation. Elle implique plutôt d’évaluer minutieusement similitudes et différences dans un effort de compréhension de situations distinctes. Cependant, comparer les camps de détention de migrant.e.s en Libye aux camps nazis risque de renforcer l’Holocauste comme paradigme unique du mal absolu, à l’aune duquel tous les crimes passés et présents devraient être mesurés.3 C’est un statut que je refuse et auquel je résiste, à cause des hiérarchies de souffrances qu’il établit, et du fait qu’il peut à son tour être utilisé pour légitimer la violence, la dépossession et l’oppression du peuple palestinien.4

Un autre lien historique a été établi – et ressenti viscéralement – par les personnes noires du monde entier lorsque, en novembre 2017, CNN a diffusé une vidéo montrant le travail de sujets noirs mis aux enchères dans la banlieue de Tripoli. Cette vente rappelait tragiquement le sort des personnes noires capturées, embarquées, vendues et exploitées comme esclaves à travers l’Atlantique, mais aussi à travers le Sahara et la Méditerranée, un commerce dans lequel les ports libyens avaient été des nœuds importants.5 Ces images, qui ont donné une nouvelle visibilité à une réalité documentée depuis plusieurs années, ont suscité l’indignation de l’opinion publique et des manifestations menées par des personnes noires dans le monde entier.6 Cette comparaison et ce lien historique sont-ils plus pertinents que ceux établis avec l’Holocauste ? Plutôt que de trancher pour l’une ou l’autre de ces références historique, j’aimerais souligner, comme Michael Rothberg l’a suggéré, la possibilité de la multidirectionnalité des relations enchevêtrées que nous nouons avec le passé.7 Je considérerais en outre que toute comparaison ou généalogie reliant le passé et le présent doit être évaluée avec soin pour ce qu’elle révèle et dissimule. La comparaison avec les camps nazis permet de mettre en lumière la privation des droits et les pratiques inhumaines auxquelles sont soumis les migrant.e.s dans les camps, considérés une forme architecturale et politique d’exclusion.8 La comparaison avec les formes historiques d’esclavage met plutôt en évidence les dimensions d’objectivation, de domination et d’exploitation. Ces références historiques ont en commun de permettre de souligner le rôle de la race dans la déshumanisation extrême à laquelle sont soumis aujourd’hui les personnes migrantes piégées en Libye.

Des mots au-delà des mots

La comparaison avec les crimes passés contre l’humanité est-elle le seul moyen de voir – et de reconnaître au plus profond de notre conscience – la gravité du crime qui est perpétré en Libye ? Comment prendre la mesure de l’horreur et s’unir pour faire tout ce qui est en notre pouvoir pour mettre fin à la violence dont sont victimes les migrant.e.s en Libye – ainsi qu’aux politiques européennes de sous-traitance du contrôle des frontières aux garde-côtes libyens qui y piègent les migrant.e.s ? La comparaison historique peut se révéler une expérience et une stratégie nécessaires, à un moment où les informations sur les violences en Libye, bien que nombreuses et connues, ne mènent pas à une réaction suffisamment forte pour y mettre fin. Les formes multiples et répandues de traitements inhumains que Segen a décrites et que les acteurs étatiques libyens ainsi que les groupes armés, les bandes criminelles et les milices perpètrent contre les migrant.e.s étaient déjà bien documentées au moment de sa mort.9 En 2017, Médecins sans frontières (MSF) a interrogé 70 migrant.e.s qui avaient été intercepté.e.s au moins une fois par les garde-côtes libyens. Parmi ces personnes, 19 (27 %) avaient subi des violences lors de l’interception, et 39 (56 %) avaient subi des violences, des tortures ou d’autres mauvais traitements là où elles ont été conduites à leur arrivée en Libye.10 Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a dénoncé pour sa part le 11 septembre 2017 les “horribles abus auxquels les migrants sont confrontés après avoir été interceptés et renvoyés en Libye.”11 Même le vice-ministre italien des Affaires étrangères, Mario Giro, a admis le 6 août 2017 que ramener les migrant.e.s en Libye “signifie les ramener en enfer”.12 Depuis, les crimes contre les migrant.e.s en Libye ont été documentés avec en plus de précision dans de nombreux rapports. Récement, en juin 2022, la mission d’enquête indépendante du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur la Libye a conclu qu’il y avait “des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité sont commis contre des migrants en Libye”.13 Des Crimes contre l’humanité. Des crimes qui non seulement violent leurs victimes directes, mais qui, en raison de leur gravité et des groupes qu’ils visent, tranchent dans le tissu même qui lie les humains entre eux.14

Ni l’analyse factuelle méticuleuse des violences contre les migrant.e.s en Libye, ni l’utilisation d’un langage normatif très fort pour les dénoncer, ne semblent avoir provoqué une prise de conscience suffisante de l’ampleur et de la gravité des violences perpétrées. Quelle est la cause de cette indifférence face aux récits de la souffrance des migrant.e.s ? Avons-nous été rendus insensibles par la multiplication des récits de situations brutales à travers le monde ? Les hiérarchies de race, de classe et de citoyenneté qui façonnent la perception publique du Nord global conduisent-elles à reléguer les migrant.e.s qui se trouvent en Libye dans une infra-humanité qui ne mérite pas d’être sauvée ?15 Les impératifs politiques des États européens, qui cherchent à empêcher les migrant.e.s du Sud global d’accéder à l’Europe sont-ils au-delà de tout coût humain ? Est-il possible de briser les frontières qui partagent l’humanité ou de faire pencher la balance des calculs politiques ? 

Il semble en tous cas que la collection minutieuse des faits par les acteurs des humanitaires et des droits humains ne suffise plus. Mais les méthodologies des enquêtes ne sont pas les seules modalités de production de la vérité. Michel Foucault pensait que, tandis que la vérité scientifique pouvait être patiemment assemblée, comme les pièces d’un puzzle, la production de la vérité avait fonctionné différemment dans le passé. Pour les oracles ou les médecins de l’Antiquité, la vérité pouvait aussi s’imposer comme un événement de rupture, qui traversait la réalité et notre perception tel un éclair.16 Aujourd’hui, c’est dans l’art et la poésie que nous pouvons voir à l’œuvre cette vérité-événement. C’est ce que je ressens à la lecture d’écrivains tels qu’Edouard Glissant ou Patrick Chamoiseau, qui relient l’abysse atlantique qui a englouti les corps des esclaves d’hier à celui qui menace les migrant.e.s qui traversent la Méditerranée aujourd’hui.17 Ou quand je lis la poésie écrite sur des bouts de papier par des migrants détenus en Libye, comme Segen lui-même18 ou Abdel Wahab Yousif, poète soudanais connu aussi sous le nom de “Latinos”, mort à l’été 2020 en tentant de traverser la mer. 

En Vain

Vous êtes destinés à rencontrer votre sort, Aujourd’hui, demain, ou le jour d’après.
Personne ne peut arrêter la roue de la destruction
Qui écrase le corps de la vie.

Tout cela est vain, rien, aucun salut ne viendra,
Pour secourir le cadavre du monde.
Tout est vain, pas de scintillement de lumière pour effrayer les ténèbres.
En vain, tout est mourant :
Le temps, le langage, les cris, les rêves, les chansons, L’amour et la musique.
En vain, tout est parti
Sauf une agitation de violence sous vide,
Des cadavres enveloppés dans un silence lugubreEt d’une averse destructrice venant de la gorge du ciel.

Abdel Wahab Yousif19

Les mots de Segen et de Latinos vivent encore après qu’ils nous aient quitté.e.s. Le courage et la force qu’ils ont rassemblés pour sauver ces mots du fond de l’abîme libyen et les écrire lettre après lettre sur des bouts de papier aussi fragiles que leurs corps, nous imposent le courage d’écouter et de sentir le poids de chacune de ces phrases. Ils nous obligent aussi à comprendre les processus politiques qui ont conduit à la création de cette “roue de la destruction” qui écrase les corps et les vies des migrant.e.s, si on veut l’interrompre. 

Les responsabilités multiples de l’Europe 

La caractérisation de la Libye comme un “enfer” risque de contribuer à la reproduction de la division coloniale du monde entre une Europe civilisée et le reste du monde non-civilisé où la violence brutale est la norme. Cependant, au-delà de la responsabilité des acteurs libyens qui infligent les violences envers les migrant.e.s, l’UE et ses États membres ont joué un rôle fondamental en créant les conditions propices à ces crimes et en les perpétuant. 

L’Europe a une responsabilité à plusieurs niveaux dans la violence que les migrant.e.s, les Noir.e.s en particulier, subissent quotidiennement en Libye. Un premier niveau est lié à une profonde responsabilité historique, comme l’a soutenu Tendayi Achiume dans une série d’articles sur “la migration comme décolonisation”.20 Les empires européens ont créé les relations d’extraction et d’exploitation qui lient l’Europe au Sud global, que les sujets colonisés d’hier suivent aujourd’hui en tant que migrant.e.s illégalisé.e.s en tentant d’accéder aux “butins de l’empire” que les colonisatrices et colonisateurs ont emportées avec eux.21 La colonisation et la division raciale de l’humanité qui en est la fondement ont produit des pratiques de violence sans limites qui ont façonné durablement les États postcoloniaux.22 Dans le sillage des indépendances nationales, des hommes forts ou des militaires, tels que Kadhafi, ont perpétué des régimes autoritaires et extractifs où la violence continue d’être mobilisée comme modalité de gouvernement.23 Il est difficile de ne pas voir dans la violence dont sont aujourd’hui victimes les migrant.e.s dans les camps libyens l’héritage lointain des camps de concentration que l’Italie fasciste a bâtis il y a près d’un siècle dans l’Est de la Libye, et où sont morts plusieurs dizaines de milliers de Libyen.ne.s.24 

Plus récemment, les États européens (et la France en particulier) ont joué avec les États-Unis un rôle fondamental dans l’intervention militaire dirigée par l’OTAN contre le régime de Kadhafi. L’assassinat de Kadhafi et la chute de son régime ont entraîné la Libye (ainsi que les pays voisins) dans une spirale de troubles politiques et de violence dont elle n’est toujours pas sortie. Cela a créé un paysage politique fragmenté dans lequel plusieurs acteurs se disputent le contrôle du territoire et des ressources – parmi lesquelles les corps et les vies des migrant.e.s.25

En raison des politiques migratoires discriminatoires de l’UE – qui attribuent le droit d’accéder au territoire de l’UE en fonction d’une matrice de citoyenneté, de classe et de race – la majorité des migrant.e.s du Sud global se voient refuser des visas, ce qui les prive de l’accès à des moyens de transport sûrs et légaux.26 Pour franchir les frontières, les migrant.e.s illegalisé.e.s n’ont d’autre choix que de recourir à des opérateurs spécialisés dans le passage clandestin. Si ceux-ci existent à travers un large spectre, en Libye l’agencement entre passeurs et milices prive les migrant.e.s de leur liberté et les soumets aux pires sévices.27

Enfin, un niveau fondamental de responsabilité de l’UE et de ses États membres se trouve dans le dispositif de contrôle externalisé des frontières qu’elle a créé, qui a fait l’objet de plusieurs de nos enquêtes dans le cadre du projet Forensic Oceanography et que nous continuons à documenter aujourd’hui à travers l’agence Border Forensics.28 Depuis 2016, l’UE et ses États membres – l’Italie en particulier – ont externalisé le contrôle des frontières aux garde-côtes libyens afin qu’ils interceptent les migrant.e.s qui tentent de fuir la Libye. En conséquence depuis 2017 plus de 100.000 personnes ont été capturées en mer et ramenées vers la violence et la détention. 

Crimes contre l’humanité non seulement à la porte de l’Europe, mais aussi, dans une large mesure, façonné par celle-ci. Je ne peux qu’imaginer que la responsabilité des acteurs libyens et européens sera reconnue un jour – comme permettent de l’espérer plusieurs plaintes en cours devant différents tribunaux, et à tout le moins devant le tribunal de l’histoire.29 Mais la condamnation à venir n’est d’aucun réconfort pour celles et ceux qui souffrent de la torture aujourd’hui. C’est maintenant que doit être bloquée la “roue de la destruction” décrite par Latinos – dont les mécanismes s’étendent sur les deux rives de la Méditerranée. 

David contre le HCR

Je n’oublierai jamais Segen, même si je ne l’ai jamais rencontré. Mais j’ai rencontré beaucoup d’autres personnes qui ont survécu aux camps libyens et à la traversée de la Méditerranée, rendue si mortelle par les politiques de l’UE. L’une d’entre elles, David Yambio, rencontré récemment, m’a fait une impression durable. David, un homme de 25 ans originaire du Soudan du Sud, n’était arrivé que récemment en Italie – c’était sa troisième tentative de fuite de la Libye depuis 2019 – lorsque nous nous sommes rencontrés lors d’une conférence à Bologne à l’été 2022. Alors que nous discutions de l’évolution de la violence des frontières et des luttes à travers la Méditerranée centrale, David a évoqué avec éloquence son implication dans le mouvement “Réfugiés en Libye”. En dépit de tout ce qu’il avaittraversé, il m’est d’abord apparu remarquablement calme et même joyeux. Après la conférence, alors que nous nous promenions dans la ville de nuit, il a subtilement révélé certains des côtés les plus sombres de son expérience. Lorsque je lui ai demandé quels étaient ses projets personnels et ses aspirations maintenant qu’il était en Italie, il m’a répondu : “Je ne sais pas. En Libye, j’ai perdu la capacité de rêver – tout ce que j’avais, c’étaient des cauchemars”. 

David a raconté son histoire à maintes reprises.30 À 19 ans il a fui la guerre civile au Soudan du Sud. Après deux ans au Tchad, où son statut de réfugié a été reconnu, il est parti pour la Libye, où il s’est fait enregistrer au HCR, dans l’espoir d’être réinstallé dans un autre pays. Mais, en dépit des affirmations répétées des responsables de l’UE selon lesquelles ils soutiennent non seulement le contrôle des frontières en Libye mais aussi l’aide humanitaire, la capacité du HCR à protéger les droits et la vie des réfugiés est loin d’être réelle. Son bureau en Libye a des moyens très limités, et a restreint l’enregistrement à 9 nationalités (Éthiopien.ne.s oromos, Érythréen.ne.s, Irakien.ne.s, Somalien.ne.s, Syrien.ne.s, Palestinien.ne.s et Soudanais.es du Darfour.), excluant ainsi de nombreuses personnesmigrantes de toute forme de protection. Même celles qui appartiennent à ces groupes ne reçoivent que peu ou pas de soutien, et le HCR n’a réinstallé que 2455 personnes depuis 2017 .31

Après trois années passées face au cycle d’arrestation de détention et de violence en Libye, David, comme beaucoup d’autres, n’avait toujours pas reçu de réponse de l’agence des Nations unies. Lorsque, le 1er octobre 2021, la police et les forces militaires libyennes ont fait une descente dans le quartier de Gargaresh à Tripoli, arrêtant et détenant arbitrairement des milliers de migrant.e.s, David et d’autres qui ont échappé de justesse se sont rassemblé.e.s devant le HCR à Tripoli. Ensemble, ils et elles ont demandé que leur voix soit entendue, que leur vie et leurs droits soient respectés, et ont exigé d’être protégé.e.s dans des pays sûrs. Convaincu que quiconque quitte son foyer est un réfugié, quelles que soient les raisons de son départ, le mouvement dont David est devenu l’un des porte-parole s’est nommé “Réfugiés en Libye”.32 Pendant 100 jours, près de 2000 personnes sont restées assises sur le sol devant le HCR, formant l’une des plus impressionnantes récentes mobilisations auto-organisées menées par des migrant.e.s.33 Pendant ce temps, la voix du mouvement “Réfugiés en Libye”, celle de David en particulier, s’est faite entendre bien au-delà de Tripoli, amplifiée par la presse internationale et plusieurs mouvements transnationaux de solidarité avec les migrants, tels WatchTheMed Alarm Phone et Mediterranea. Malgré cela, et en dépit de la tenue de plusieurs négociations avec le HCR, leurs demandes ont été ignorées. Le 10 janvier 2022, le HCR a décidé de fermer ses bureaux ; peu après l’annonce, des milices libyennes ont été déployées, et ont brutalement expulsé les personnesmanifestant dont 600 ont été détenu. David s’est échappé de justesse, mais sachant qu’en tant que leader il était personnellement menacé, il est resté caché jusqu’à ce qu’il réussisse à traverser la Méditerranée. Alors que la courageuse mobilisation de “Réfugiés en Libye” a été ignorée par le HCR en Libye, David poursuit le combat sur le sol européen. Les 9 et 10 décembre 2022, il participe à un sit-in devant le siège du HCR à Genève.34 Les voix et les revendications des “réfugiés en Libye” seront-elles enfin entendues ? Le HCR va-t-il renforcer la protection en Libye et la réinstallation pour répondre aux besoins des réfugié.e.s et des migrant.e.s pris.es au piège en Libye ? Va-t-il au moins reconnaître ses limites à offrir une protection significative, et cesser de permettre à l’UE de couvrir d’un vernis humanitaire sa politique d’externalisation des frontières? 

Reconquérir notre humanité à travers des luttes communes

Dans son Discours sur le colonialisme de 1950, Aimé Césaire n’opposait pas le colonialisme et l’esclavage aux crimes nazis. Soutenant que la violence dévastatrice du régime nazi en Europe était le « choc en retour » de la violence de l’expansion coloniale de l’Europe, il a cherché à rendre compte de la façon dont elles ont été entrelacés, une approche réactivée par des historien.ne.s ces dernières années.35 Dans son bref ouvrage, Césaire décrit comment le colonisé et le colonisateur se transforment mutuellement par la violence, arguant que “le colonisateur, qui […] prend l’habitude de considérer l’autre homme comme une bête, s’habitue à le traiter comme une bête, tend objectivement à se transformer en bête”.36 De nombreuses géographies contemporaines de la violence témoignent de ce processus de destruction mutuelle, y compris aux frontières disséminées de l’Europe – au seins, à travers et au-delà des limites du territoire de l’UE. Ne peut-on pas voir les effets de la déshumanisation des migrantes et migrants illégalisé.e.s sur le reste des sociétés et des institutions politiques européennes ? Alors que les personnes migrantes sont traitées comme des bêtes par les gardes-frontières, ce sont ces mêmes gardes-frontières qui se transforment eux-mêmes en êtres bestiaux. Les politicien.ne.s et les groupes d’extrême droite qui s’en prennent aux migrant.e.s du Sud global, visent également ces autres parties de la société qui ne correspondent pas à leur vision homogène et patriarcale de la nation. Lorsque les droits de certains sont traités avec mépris, se répandent le déni des droits, l’arbitraire et la violence. Et si, même en tant qu’observatrices et observateurs distants – mais à bien des égards impliqué.e.s – nous ne nous opposons pas à la déshumanisation des personnes migrantes, nous la normalisons et sommes entraîné.e.s dans cette spirale. Car, comme l’écrit Achille Mbembe, il n’y a d’humanité que lorsqu’on se laisse toucher par le visage de l’autre.37 

Comment pouvons-nous interrompre ce processus de déshumanisation des migrant.e.s racialisé.e.s, classé.e.s et illégalisé.e.s, dans lequel nous sommes toutes et tous emporté.e.s ? Je n’ai certainement pas de réponse facile à cette question. La seule que j’ai trouvée au fil des ans pour éviter le désespoir et restaurer ma propre foi en l’humanité est l’engagement dans des luttes communes contre et à travers les frontières qui ont été tracées entre nous. 

“L’humanité” peut être un concept profondément problématique, et ce pour plusieurs raisons. Après tout, il a longtemps été utilisé précisément par des hommes blancs et bourgeois pour nier l’humanité de la plupart des personnes qui peuplent la surface de la terre. Aujourd’hui, les appels bienveillants à surmonter les différences pour reconnaître une humanité partagée (l’humanité « tous les mêmes » comme nous pourrions l’appeler) risquent de sonner creux et de dissimuler des hiérarchies persistantes, la manière dont nous sommes affecté différemment par différentes formes d’oppressions, ainsi que les différents degrés de responsabilité que cela implique. C’est le risque que présente, par exemple, le concept de l’Anthropocène – compris comme la période au cours de laquelle l’activité humaine a commencé à avoir un impact significatif sur le climat de la planète – qui occulte la réalité d’un segment de l’humanité – le Nord global (et les plus riches au sein de celui-ci) – intégré dans un système économique particulier – le capitalisme – qui est la cause principale de la catastrophe environnementale en cours, dont les effets sont ressentis de manière disproportionnée par les populations du Sud global.38 En outre, même les conceptions inclusives de l’humanité peuvent ancrer des séparations ontologiques qui empêchent la pleine reconnaissance des enchevêtrements entre l’humain et le non-humain, condition pour faire émerger de nouvelles formes de soins et de réparation.

Mais l’humain, comme l’a fait valoir Sylvia Wynter, est aussi une pratique contestée, qui peut être mobilisée par les opprimé.e.s pour affirmer leur statut d’humain et qui, ce faisant, transforme la signification et la condition de l’humain.39 Comme les droits humains, les catégories de l’humain et de l’humanité peuvent constituer moins des réalités existantes que des outils de lutte et de transformation. Lorsque des revendications d’humanité sont exprimées – comme lorsque nous entendons “Nous sommes humains !” résonner dans les manifestations et les mobilisations des migrant.e.s et des réfugié.e.s – nous voyons à l’œuvre ce que Sandro Mezzadra appelle une “insurrection de l’humain”, qui se produit “au milieu et contre la violence, l’insulte et la misère”.40 Quelque importantes que puissent être la critique des dimensions d’exclusion et de violence de l’humanisme occidental, et la contestation des frontières entre l’humain et le non-humain, il me semble fondamental de soutenir les luttes contre les frontières qui continuent à être tracées au sein même de l’humanité. Au mieux, ces impératifs peuvent fonctionner en tandem.

Comment pouvons-nous nous engager ensemble dans ces luttes de ce que nous pourrions appeler l’humanisme insurgé, malgré les hiérarchies de nos positions ? Comment pouvons-nous travailler à travers nos différences, à fin de forger de de nouveaux liens et tisser une humanité à venir ? Quel est le rôle de la souffrance partagée dans ce processus ? Pour Achille Mbembe, si nous voulons partager la beauté du monde nous devons aussi apprendre à être solidaires de toutes ses souffrances. C’est ainsi que nous pouvons réparer le tissu et visage du monde.41 C’est ce processus dans lequel j’ai cherché à m’engager en prenant le temps de contempler l’image de Segen, et en faisant l’expérience de la manière dont ses blessures font souffrir les miennes, malgré l’incommensurabilité de nos expériences. Chacun.e d’entre nous peut trouver des chemins différents pour entrer en relation avec la douleur des autres, et en partie la faire sienne. Mais je ne souhaite pas limiter le fondement de la solidarité à la souffrance partagée. Le mouvement féministe nous offre une archives de théories et de pratiques qui permettent de reconnaître l’intersection de différents systèmes d’oppression – patriarcat, race, classe – mais aussi de s’engager dans un travail de construction d’alliances entre différentes positions au sein de ces systèmes. bell hooks nous enseigne qu’au-delà des liens nés de la souffrance partagée, nous pouvons construire des liens de solidarité au travers des luttes et la constitution d’un horizon politique commun – ce qu’elle appelle la solidarité politique.42

C’est ce sentiment de communauté dans la différence et d’aspiration à un horizon commun de liberté et de justice qui anime ma participation à différentes luttes contre la violence des frontières, et pour le droit égal de toutes et tous de circuler et de rester – depuis la documentation, le contentieux et le plaidoyer jusqu’au soutien direct aux migrant.e.s illégalisé.e.s dans l’exercice de leur mobilité précaire. C’est ce sentiment qui m’a emplit en 2017 en marchant à travers les rues de Genève et en criant aux côtés de personnes noires menant la manifestation contre l’esclavage en Libye. C’est ce sentiment que j’ai éprouvé à nouveau le 9 décembre 2022 devant le HCR à Genève, en me tenant debout dans le froid pour écouter les voix des migrant.e.s et réugié.e.s qui ont connu l’abîme libyen et en élevant la mienne avec elles. 

Un des poèmes de Segen commence par ces mots : “Ne panique pas, mon frère / dis-moi, ne suis-je pas ton frère / pourquoi ne demandes-tu pas de mes nouvelles ? / Est-ce vraiment si agréable de vivre seul si on oublie son frère au moment où il est dans le besoin ?”.43 Nous ne t’oublierons pas, Segen. Je suis désolé de ne pas avoir pu être là pour toi, et pour beaucoup d’autres frères et sœurs dans le besoin. Le souvenir de ta perte m’incite à poursuivre du mieux que je peux la lutte contre les horreurs que tu as vécues en Libye. Mais ce qui est tout aussi essentiel à ma détermination, c’est de savoir que David et d’autres vivent pour continuer leur combat et que je peux me tenir à leurs côtés et élever ma voix avec la leur pour la pleine reconnaissance de la dignité humaine, des droits, de la liberté et de l’égalité de toutes et tous. 

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Charles Heller est chercheur associé à l’Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement à Genève, co-directeur de l’agence de recherche et d’investigation Border Forensics et co-président du réseau Migreurop.


1 Je tiens à exprimer ma gratitude à Manuela Honegger, Itamar Mann, Omar Somi, Eyal Weizman, Bridget Anderson, Sandro Mezzadra, Deanna Dadusc, Bernd Kasparek, Nandita Sharma, David Yambio et tous les camarades de la campagne Unfair Agency pour avoir ressenti et réfléchi avec moi pendant que je travaillais sur ce texte. Je remercie Isabelle Saint-Saëns et Sophie-Anne Bisiaux pour la traduction française. 

2 Alessandro Puglia, ” Le brasier libyen dans les poèmes de Segen “, Vita, 14 septembre 2018, http://www.vitainternational.media/en/story/2018/09/14/the-libyan-inferno-in-segens-poems/11/.

3 Voir Enzo Traverso, La fin de la modernité juive, Pluto Press, 2016. Yitzhak Laor, Les mythes du sionisme libéral, Verso, New York, NY, 2010.

4 Gil Z. Hochberg, “Edward Said : “Le dernier intellectuel juif””, Texte social 87, vol. 24, n° 2, été 2006.

5 Pour une discussion des généalogies de l’esclavage et de la race à travers la Méditerranée, voir Gabriele Proglio et al, The Black Mediterranean : Bodies, Borders and Citizenship, Palgrave Macmillan, 2021.

6 João Gabriell, ” Libérez nos frères ! “:Sur la politisation de l’esclavage en Libye dans le contexte français. South Atlantic Quarterly 2019 118 (3) : pp. 686-693. 

7 Michael Rothberg, Multidirectional Memory : Remembering the Holocaust in the Age of Decolonization, Stanford University Press, 2009. 

8  Le réseau Migreurop à depuis longtemps affirmé la pertinence du mot « camp » pour qualifier les différents espaces d’exclusions et de privations de liberté réservés aux personnes migrantes. Voir Isabelle Saint-Saëns, « Des camps en Europe aux camps de l’Europe », Multitudes, 2004/5 (no 19).

9 Pour connaître l’étendue des connaissances disponibles à l’époque, voir Amnesty International, ” Libya’s Dark web of Collusion : Abus contre les réfugiés et les migrants à destination de l’Europe “, 11 décembre 2017, Index : MDE 19/7561/2017, https://www.amnesty.org/en/docu-ments/mde19/7561/2017/en/ , p.56.

10 Données MSF 2017 partagées avec l’auteur et incluses dans le rapport “Mare Clausum” de Forensic Oceanography. https://content.forensic-architecture.org/wp-content/uploads/2019/05/2018-05-07-FO-Mare-Clausum-full-EN.pdf 

11 Conseil des droits de l’homme, 36e session, Déclaration d’ouverture de Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, 11 septembre 2017, http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22041. 

12 Marco Menduni, ” Giro : “Fare rientrare quelle persone vuol dire condannarle all’inferno” “, La Stampa, 6 août 2017, http://www.lastampa.it/2017/08/06/italia/cronache/giro-fare-rientrare-quelle-per- sone-vuol-dire-condannarle-allinferno-SXnGzVlzftFl7fNGFCMADN/pagina.html. 

13 Conseil des droits de l’homme, cinquantième session, 13 juin-8 juillet 2022, Rapport de la Mission d’enquête indépendante sur la Libye https://www.ohchr.org/sites/default/files/documents/hrbodies/hrcouncil/regularsession/session50/2022-06-29/A_HRC_50_63_AdvanceUneditedVersion.docx 

14 David Luban, “A Theory of Crimes Against Humanity”, Yale Journal of International Law, 29 (2004) : 85-167. Itamar Mann, Border Crimes as Crimes against humanity, in Cathryn Costello, Michelle Foster, and Jane McAdam (eds), The Oxford Handbook for International Refugee Law, 2021. 

15 Judith Butler, Frames of War : When Is Life Grievable ? Verso, Londres, 2009.

16 Michel Foucault, conférence du 23 janvier 1974 dans Psychiatric Power, Lectures au Collège de France, 1973-74, (G. Burchell, Trans.). Palgrave Macmillan, 2006. Je remercie Mathieu Potte-Bonneville d’avoir signalé cette conférence. 

17 Patrick Chamoiseau, ” Lampedusa : ce que nous disent les gouffres “, Mediapart, 11 octobre 2013, https://blogs.mediapart.fr/patrick-chamoiseau/blog/111013/lampedusa-ce-que-nous-disent-les-gouffres. 

18 Pour les poèmes de Segen, voir Alessandro Puglia, ” Le brasier libyen dans les poèmes de Segen “, Vita, 14 septembre 2018, http://www.vitainternational.media/en/story/2018/09/14/the-libyan-inferno-in-segens-poems/11/.

19  Ce poème a été traduit par les membres du WatchTheMed Alarm Phone. Pour les poèmes de Abdel Wahab Yousif, voir https://abdalwahablatinos.blogspot.com/?fbclid=IwAR1H9HqUxfDRUrzOD12aRBNj9OxC6zZx5yAKzF3j_20AykAtQDvHiFA7pUs  

20 Tendayi Achiume, “The Postcolonial Case for Rethinking Borders”, Dissent 2019, 66.3 : pp.27-32. https://www.dissentmagazine.org/article/the-postcolonial-case-for-rethinking-borders 

21 Nadine El Nahny, “Britain as the spoils of empire”, Migration Mobilities Bristol, Université de Bristol, 15 juin 2021, https://migration.bristol.ac.uk/2021/06/15/britain-as-the-spoils-of-empire/. 

22 Achille Mbembe, De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Karthala, Paris, 2000.

23 Pour un résumé utile, voir Gilbert Achcar, The People Want : Une exploration radicale du soulèvement arabe, University of California Press, 2013.

24 Selon Ali Abdullatif Ahmida, en 1929, plus de 110 000 Libyens, soit la totalité de la population rurale de l’est de la Libye, ont été internés dans des camps de concentration. En 1934, il ne restait plus que 40 000 personnes en vie dans un contexte d’exécutions généralisées, de suicides, de famine et de maladies. Ali Abdullatif Ahmida, Genocide in Libya : Shar, une histoire coloniale cachée. Routledge, 2020.

25 Nancy Porsia, “Irregular migration and Libya: is the crisis over?”, in Navigating the Pandemic : The challenge of stability and prosperity in the Mediterranean, ISPI, 2020. 

26 Pour une discussion, voir Charles Heller, De-confine Borders : Towards a Politics of Freedom of Movement in the Time of the Pandemic, Mobilités, Volume 16, 2021.

27  Mark Micallef, ” The Human Conveyor Belt : trends in human trafficking and smuggling in post-revolution Libya “, Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée, mars 2017, http://globalinitiative.net/wp-content/uploads/2017/03/global-initiative-human-conveyor-belt-human-smug-gling-in-libya-march-2017.pdf.

28 Voir notamment Charles Heller et Lorenzo Pezzani, “Mare Clausum, Italy and the EU’s undeclared operation to stem migration across the Mediterranean”, Forensic Oceanography, mai 2018. https://content.forensic-architecture.org/wp-content/uploads/2019/05/2018-05-07-FO-Mare-Clausum-full-EN.pdf 

29 Pour une analyse, voir Annick Pijnenburg et Kris van der Pas, Strategic Litigation against European Migration Control Policies : The Legal Battleground of the Central Mediterranean Migration Route, European Journal of Migration and Law, 24(3), 2022, pp. 401-429. Une nouvelle communication à la CPI a été déposée récemment par la CEDH : https://www.ecchr.eu/en/case/abfangen-von-migrantinnen-und-gefluechteten-auf-see-ein-verbrechen-gegen-die-menschlichkeit-istgh-muss-ermitteln/. 

30 Outre nos échanges personnels, je m’appuie sur Giansandro Merli, “Dai lager libici all’Italia, parla il leader dei rifugiati di Tripoli”, Il Manifesto, 24 juin 2022, https://ilmanifesto.it/dai-lager-libici-all-italia-parla-il-leader-dei-rifugiati-di-tripoli.

31 Les données du HCR concernant les réinstallations sont accessibles ici : https://rsq.unhcr.org/en/#z6IN. Pour une analyse des limites et des problèmes liés aux activités du HCR en Libye, voir MSF, “Out of Libya : Opening Safe Pathways for Vulnerable Migrants Stuck in Libya”, juin 2022, https://msf.or.ke/en/publications/out-libya-opening-safe-pathways-vulnerable-migrants-stuck-libya et le site web de la campagne Unfair Agency https://unfairagency.org/unhcr/. 

32 https://www.refugeesinlibya.org/manifesto 

33 Maurice Stierl et Martina Tazzioli, “Cent jours de protestation des réfugiés en Libye”, Démocratie ouverte, 3 mars 2022. https://www.opendemocracy.net/en/beyond-trafficking-and-slavery/one-hundred-days-of-refugee-protest-in-libya/ 

34 https://unfairagency.org/call-to-geneva/ 

35 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, Présence africaine, 1955 (1er éd. 1950). Pour une discussion du tournant colonial dans les études sur l’Holocauste, voir Rothberg, Multidirectional Memory, ibid, p. 101. Pour les débats récents que le turn a suscités, voir Enzo Traverso, “No, Post-Nazi Germany Isn’t a Model of Atoning for the Past”, Jacobin, 6 juin 2022, https://jacobin.com/2022/06/post-nazi-germany-colonialism-holocaust-israel-atonement. 

36 Aimé Césaire, ibid. p. 41. 

37 Achille Mbembe, Politiques de l’inimitié, La Découverte, Paris, 2016, p.162.

38 Jason Hickel, Less is More : How Degrowth Will Save the World, William Heinemann, Londres, 2020.

39 Voir Zimitri Erasmus, “Sylvia Wynter’s Theory of the Human : Counter-, not Post-humanist”, Theory, Culture & Society, 2020, 0(0), pp. 1-19.

40 Sandro Mezzadra, “Abolitionist Vistas of the Human. Border Struggles, Migration, and Freedom of Movement”, Citizenship Studies, 2020, 24:4, pp. 424-440.

41 Achille Mbembe, Brutalisme, Paris, La Découverte, 2020, p. 56.

42 bel hooks. “Sisterhood : Political Solidarity between Women”. Feminist Review, no 23, 1986, p. 125-38.

43 Alessandro Puglia, “Le brasier libyen dans les poèmes de Segen”, Vita, 14 septembre 2018, http://www.vitainternational.media/en/story/2018/09/14/the-libyan-inferno-in-segens-poems/11/.

Date

09.12.2022

Localisation

Les mots-clés

commonality, insurgent humanism, Solidarity

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